Ce texte, Parole d'addictée, fut écrit et prononcé par Hélène à la demande de son médecin généraliste, qui se préoccupait de prévention.
Il y a 13 ans maintenant, j'ai fait "intime connaissance" avec les drogues (légales ou illégales), et depuis 4 ou 5 ans, j'essaie de "sortir de l'ombre" dans laquelle j'ai délibérément plongé. Actuellement, je me bats encore afin de mettre un point final à la dépendance psychologique. La dépendance physique est très très dure à vivre, mais là où je mesure l'ampleur des dégâts, c'est en réalisant dans quelle détresse psychologique je suis... ne trouvant le "bien-être" que sous l'emprise de certaines drogues, et ce, depuis des années. Je veux "renaitre", et enfin goûter au bonheur "d'être bien" dans aucune drogue, et sans aucuns palliatifs artificiels illusoires.
J'étais en troisième, j'avais un petit ami ; jusque là, rien "d'anormal", mis à part le fait qu'il fumait des "petits joints" (cones, hasch, cannabis, marijuana, kif... il existe mille termes pour désigner cette drogue "dite douce".)
Auparavant, avec les "copines", j'avais essayé la colle, l'alcool, les solvants... ces trucs qui vous laissent vraiment un goût infecte au fond de la gorge en vous faisant "tourner la tête", quelques secondes. Cette nouvelle sensation profondément enivrante était désagréable. D'après les copines, c'était "géant" ; en fait, ce que je ressentais n'était pas géant du tout !
Je me rappelle avoir eu peur car j'ai perdu mon "self-control" : ce qui m'arrivait m'échappait, et la question de savoir si j'allais bientôt "redescendre" me "fichait la trouille", j'avais du mal à respirer et tout était si confus que très vite j'ai préféré "les petits joints"...
Le Hasch est une drogue dite douce. Douces ou dures, l'utilisation répétée et régulière de ces produits est dangereuse. Bien évidemment, il y a des degrés différents dans le danger, mais il n'existe pas de drogues anodines ! Lorsque l'envie de fumer un cône vous monte au cerveau, lorsqu'on en arrive à galérer pour s'en procurer des heures et des journées entières, alors un mal-être psychologique s'installe, "se défoncer" prend le pas sur tout, jusqu'au jour où, lucide, on se dit que sans shit, ... c'est pas cool ! alors, on court en chercher.
Je me déconnecte, me déconnectais, de la réalité un peu comme on branche son walkman... couper tout communication, comme pour dire : "Votre vie ne m'intéresse pas comme ça ! Votre monde trop superficiel est nul !"...
... Puis, un jour, le même petit ami que j'avais promis de laisser s'il touchait aux drogues dures me dit : "J'ai shooté !"...
Je ne l'ai pas laissé, persuadée que notre Amour était plus fort que l'héroïne, je réussirais à "le sauver" ; c'était évident !
Il me présenta "ses amis" lors d'une "petite soirée sympa". Ils avaient l'air de former une "joyeuse" petite bande (un clan en fait bien fermé), une sorte de petite famille amicale, chaleureuse et sécurisante ; ils se sentaient tous si forts et maîtres d'eux-mêmes (en apparence seulement, mais ça, je le compris bien plus tard.)
Après avoir vu tourner cuillère et seringue, je finis par "au moins essayer". C'est mon petit ami qui me fit le premier shoot ! Une immense chaleur "étrange" montait en moi à mesure que le liquide était injecté. On appelle cela "LE FLASH" ! Seulement, ce flash, plus on se drogue, plus on part à sa recherche, plus on part à sa recherche, plus on augmente les doses, et moins on le ressent ! Courir après est éreintant. J'y ai laissé mes plumes, perdu du temps, raté des occasions de vivre. Je comparais un peu la drogue à un fauve à l'affût de sa proie : sans pitié, mais le fauve, lui, essaie de tuer sa proie sans trop qu'elle souffre. La drogue, elle, vous fait souffrir ... et mourir !
Car une fois passée la dépendance physique, commence la dépendance psychologique : celle à laquelle je n'avais pas pensé, celle qui fait qu'aujourd'hui encore, j'essaie de lutter pour ne pas ressembler à un mollusque ! mais plutôt penser à me reconstruire. Contrairement à ce dont j'étais persuadée, plus forte que tout... C'est que la drogue reste toujours "dangereuse" quelque part. Gainsbourg le disait si bien :
"Ne commettez pas d'imprudence, surtout n'ayez pas l'impudence, de vous foutre en l'air avant l'heure dite... n'essayez surtout pas de frimer, car c'est la drogue qui vous baise ... qui vous baise à l'aise !"
I. La drogue a réussi à me "bouffer", et me meurtrir pour longtemps.
II. La drogue tue aussi et surtout par son poison, je sais que certains dealers n'hésitent pas à "couper" la drogue qu'ils vendent avec tout ce qui peut y ressembler. De la brique, du plâtre, quelqu'un est mort d'avoir sniffé ce qu'il avait acheté. De l'héroïne mélangée avec de la mort aux rats. L'essentiel pour un dealer derrière ses beux sourires , ses belles paroles, c'est pas toujours la vie des autres, mais l'appât du gain, l'appât du fric si facile à trouver ! L'intérêt de l'argent est là, et à ce titre, j'ai vu un type s'écrouler par terre après avoir pris une balle. D'autres finissent avec un couteau dans le dos. Ce monde est sans pitié, et certainement pas comme je me l'imaginais !
La vie que l'on nous a donnée, (même si ... "j'ai pas demandé à venir au monde"), même si elle nous semble moche, ce n'est pas en prenant de la came qu'existeront les éléphants roses, et ce n'est pas sous l'influence de la drogue qu'ils le deviennent.
Du joint aux sniffs et aux shoots, pour moi, tout a basculé très vite. C'est ce témoignage que je voulais vous adresser. Je l'image volontairement en vous disant simplement :
Vous connaissez SPACE MOUNTAINS ? Rappelez vous cette histoire, car c'est aussi l'histoire du Titanic !